Solal, Albert Cohen : Le Solal, des Solal ou l’espoir de toute une communauté.

16 novembre 2020
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Pourquoi devrait-on lire ou relire Solal ? Comment cette oeuvre contemporaine est-elle rapidement devenue un grand classique de la littérature Française? 

La puissance du personnage de Solal le fait sortir du contexte de fiction. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de s’identifier à lui et à son ambition si fougueuse. 

Né au sein d’une modeste communauté juive de Céphalonie, en Grèce Méridionale, le jeune et dernier Solal des Solal refuse de se laisser accaparer par un monde qui ne lui paraît en rien semblable à sa grandeur. Il rêve de la France, de sa richesse, et du pouvoir qu’elle a à lui offrir. Mais pour la conquérir, il doit d’abord en maîtriser les codes de son élite. Séducteur notre héros apprend l’art de la manipulation par le prisme de l’amour. Et c’est en se servant de l’amour que lui porte sa maîtresse que Solal parvient à s’enfuir. 

Solal devient ainsi l’homme puissant, riche et adoré qu’il souhaitait être, et pourtant sa communauté finit par le retrouver. Dans une société d’avant-guerre ou l’antisémitisme est de vigueur, Solal le Juif, Solal l’Israélite, est tiraillé entre sa naissance et ses ambitions. Deux mondes que tout oppose et qui se verront réunis sous le toit d’une même maison. Deux mondes qui coexistent dans l’âme de notre personnage et qui finissent par transformer sa passion en une dangereuse folie dévastatrice.

Dans cette oeuvre saisissante, Albert Cohen nous délivre de précieux conseils. C’est grâce l’insolente personnalité de notre personnage que nous parvenons à saisir ses erreurs. A l’instar de Solal, Cohen nous enseigne le devoir de reconnaissance et d’humilité, celui qui donne étant bien souvent capable de reprendre… Mais au delà d’une leçon sur le caractère l’auteur nous offre un nouveau regard sur l’identité. Nous ne devons renoncer à notre culture, et nous ne pouvons chercher à lui échapper. Notre naissance ne détermine pas entièrement notre identité, mais elle en demeure éternellement une facette vivante et mobile qui ne peut s’effacer de notre âme.

Finir Solal rend d’une certaine façon justice au personnage et permets au lecteur de saisir toutes les conséquences de l’hybris, finalement si propre à l’humanité. Une oeuvre puissante dans son pouvoir de dissuasion, une véritable réflexion sur le pouvoir de l’identité, et le devoir communautaire. 

Déborah WEILL 

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