Notre Dame des Fleurs de Jean Genet

15 novembre 2021
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L'œuvre que nous allons rencontrer aujourd’hui est un roman bien particulier rédigé depuis la cellule d’une prison pendant la Seconde Guerre mondiale par Jean Genet. Le sujet de cette œuvre est également très original, et surtout largement controversé à l’époque de sa publication. En effet, entre les quatre murs de sa cellule, le narrateur-auteur imagine des personnages travestis,  prostituées, assassins, et d’autres figures déviantes de la société et de ses normes. Ce roman est une véritable ode aux personnes marginalisées, dont il imagine le quotidien. 

Divine est le personnage principal de cette œuvre. C’est un personnage ambigu en termes de genre. On la rencontre pendant son enfance, où c’est un jeune garçon qui peine à trouver sa place parmi les autres enfants, mais nous la découvrons ensuite plus évoluée, plus construire en tant que personnage, en tant que prostituée travestie. Il y a un véritable jeu avec les genres dans le roman. Les femmes sont absentes de l'œuvre. Seuls des personnages masculins sont présents, mais totalement libérés de l’emprise de l’injonction à la virilité. Ces hommes sont pour la plupart travesties, comme Divine. C’est un personnage que l’auteur-narrateur admire profondément, doté d’une grande force, mais également habitée d’une immense souffrance. 

L’oeuvre invite à se frotter à un monde marginalisé : celui de l’univers « queer », même si le terme n’existe pas encore à cette époque, en sanctifiant ce milieu, en montrant au lecteur que tous les jugements et préjugés que la société porte sur eux, sont non seulement erronés, mais surtout destructeurs. Cette violence est notamment caractérisée par le pouvoir de l’insulte, le pouvoir du mot, du concept, et de la norme. La lecture de ce roman provoque une grande empathie pour ces personnages rejetés, en raison de leurs différences. Ils sont condamnés à vivre en marge. 

Pourtant, cette condamnation finit par leur rendre service. En effet, les personnages de cette œuvre se retrouvent souvent dans des lieux qui les caractérisent, plus précisément dans un cabaret, qui leur est réservé le jeudi soir. Une soir par semaine donc ce monde à part peut exister librement, sans la présence des « bourgeois » qui représente sans aucun doute dans cette œuvre la figure de l’oppresseur et d’une prétendue morale bienséante. Plus on avance dans la lecture et donc dans l’intimité de ce monde à part, plus on retrouve un vocabulaire de plus en plus grossier et des images de plus en plus transgressives. C’est un lieu très privilégié, où les fantasmes et pulsions peuvent s’exprimer tant la censure et la pression sociale sont inexistantes. Un lieu propice au jeu, à l’expression des désirs les plus enfouis, dans le secret le plus total.

L'œuvre de Genet à une étroite relation avec les questions de liberté, de penser, d’être, d’agir, et ces questions sont traitées d’un aspect paradoxal. Le fait que l’auteur soit en prison influence l'œuvre. Les personnages sont tous liés au milieu carcéral, notamment Mignon, proxénète de Divine, et Notre-Dame, qui est un assassin, dont on observe le jugement. Le milieu carcéral est décrit comme un lieu coupé du monde extérieur, de ses normes et de ses valeurs. Il est décrit comme un espace de liberté, de façon très oxymorique. C’est un espace poétique, que les personnages vont jusqu’à désirer rejoindre. C’est un lieu que les marginaux s’approprient, et où ils y font régner leurs propres normes. 

En somme, la lecture de cette œuvre n’est pas des plus accessibles, mais elle n’en demeure pas moins passionnante. Elle aborde des thématiques extrêmement subversives pour l’époque, et qui restent encore taboues de nos jours. Elle interroge les questions de liberté d’être, et remet en question les différents systèmes d’oppressions qui existent dans nos sociétés à travers les genres, le langage, ou les institutions.

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