llusions Perdues : Première partie : Les deux poètes

24 mai 2021
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Cette semaine nous nous retrouvons pour discuter de la première partie d’une des œuvres majeures de la Comédie Humaine. Illusions Perdues est une œuvre incontournable lorsque l’on pense à Balzac. Elle décrit et critique la production journalistique qui désacralise la littérature grâce au regard naïf et utopique du personnage de Lucien de Rubempré.

Lucien Chardon vit avec sa mère et sa sœur à Angoulême. C’est un beau jeune homme, très attiré par la poésie, qui possède de grandes ambitions. Il est extrêmement lié à son ami David Séchard, dont le caractère plus réservé ne le rend pas moins sensible et illuminé. Si David est condamné à reprendre l’imprimerie de son père, Lucien lui rêve de rejoindre la haute société parisienne, et de devenir un écrivain réputé.

A Angoulême, Lucien fait la connaissance de Madame de Bargeton, ou Louise, dont il s’éprend rapidement. Leur fascination est réciproque car leurs intérêts sont partagés. Lucien voit le monde aristocratique s’ouvrir devant lui, et Louise est heureuse d’avoir auprès d’elle une âme sensible à la poésie. Un soir, Lucien est invité à lire ses poèmes devant la haute société provinciale. C’est pour lui une véritable épreuve du monde. Il y a un double enjeu pour Lucien, il faut qu’il soit non seulement accepté par un milieu dont il n’est pas originaire et surtout un enjeu de reconnaissance littéraire.

Cette soirée est un cuisant échec pour le poète. Les lectures qu’il a choisi de présenter à la haute société sont trop littéraires et pas assez spectaculaires. Lorsque ce petit monde lui demande finalement de lire un poème dont Lucien est l’auteur, ce dernier commet l’imprudence de choisir des vers qui déclarent son amour à sa maîtresse. La qualité de ses vers n’est pas ce qui frappe le public. On retient une déclaration d’amour inconvenante de ce jeune homme qui vient de nul part. Lucien n’est pas tactique. Il tombe dans tous les pièges que l’on lui tend, à savoir le pousser à déclarer sa flamme et le forcer à révéler son origine sociale véritable. La société apprend également que sa mère est sage femme et que sa soeur Eve travaille également. On a un groupe social qui se soude contre Lucien et qui symboliquement le rejette. L’aristocratie est critiquée de façon virulente, mais les failles de Lucien, un personnage bien maladroit, commencent à apparaître.

Le lecteur peut sans doute remarquer que si Lucien apparaît de prime abord comme une figure angélique, il adopte toutefois un comportement paradoxal. Il semble avoir honte de ses origines, honte de son nom Chardon et surtout honte de son entourage, jusqu’à David, dont il préfère éviter la rencontre avec sa noble maîtresse. La famille Chardon, elle, est très fière de Lucien, et le considère comme un génie. Sa mère et sa sœur ont une confiance inouïe en son potentiel et en sa capacité de réussir. Le lecteur ne peut ignorer tout l’amour que l’on porte à Lucien qui préfère cependant se faire appeler De Rubempré, reprenant le nom de jeune fille de sa mère, ayant quelques origines aristocrates.

Cette première partie s’achève sur le départ de Lucien et Madame de Bargeton, forcés de fuir vers Paris après avoir échappé de près au scandale à cause de leur relation. Lucien, pressé de découvrir la capitale, s’échappe sans assister au mariage de sa sœur Eve avec son meilleur ami David.

Avant de poursuivre au prochain épisode sur la seconde partie de ce roman, il faut remarquer que Balzac introduit dès ce premier chapitre une critique de la production littéraire. Les imprimeries Séchard démontrent que le métier n’est plus pratiqué par des passionnés, mais par des commerçants. La littérature n’est plus à même d’attirer l’attention de la société, qui a les yeux rivés sur le spectaculaire, comme nous le prouve la première soirée de Lucien chez Louise.

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