Les Noces de Sang

26 janvier 2021
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Les noces de sang est une pièce de théâtre, traduite de l’espagnol et rédigée par Frederico Garcia Lorca. Cet auteur incontournable de la littérature espagnole est notamment connu pour son courage et sa bravoure pendant la révolution, pour sa poésie engagée et pour son exécution tragique. 

Les Noces de Sang est un véritable chef d'œuvre. Il retrace l’histoire d’un jeune couple sur le point de se marier. Le drame se produit en une seule et unique journée. Le matin, on court au préparatif du mariage et l’ensemble des personnages se réjouissent de ces noces. Le soir, les survivants de cette journée sont en deuil, accablés par la honte, la solitude et le désarroi. 

Cette tragédie qui se construit sur une histoire d’amour impossible est en réalité une peinture sensible et réaliste de l’enclavement inéluctable de l’Espagne dans ses traditions, de son incapacité à faire évoluer ses moeurs, et à s’émanciper de la violence inscrite chez les personnages de part les guerres qu’ils ont subi. Tout concorde dans cette pièce à faire du destin de la jeune fiancée une véritable tragédie. 

L'œuvre commence par une réflexion sur la maternité, et les fléaux de cette dernière. Dans un monde où l’honneur ne se prouve que par le tranchant d’une lame, les fils tombent et meurent, les uns après les autres, laissant les mères inconsolables. Tant d’années à porter et élever son enfant, pour que celui-ci finisse percé par l’acier, tel est le destin des mères. Toutes préfèrent des filles. Elles restent à leur côté, ne se battent pas, ne défendent l’honneur de personne. Leur seul rôle est de rester chaste, et de faire un bon mariage, pour continuer la lignée en augmentant la richesse de la famille. Avoir une fille pour une mère est un grand soulagement. Mais être une fille, une femme, c’est en réalité connaitre un amas de souffrance et un flot de tragédie. La mère du fiancé en est la preuve formelle : son mari et son fils aîné sont morts assassinés en défendant l’honneur de la famille.

Le lecteur suit davantage l’évolution de la jeune fiancée. Rien ne semble indiquer au début de l'œuvre qu’il s’agisse d’un mariage d’amour. Le monde, et sa belle mère en particulier, se méfie d’elle. Elle a déjà été fiancée dans le passé, mais son ancien amour a finalement épousé une de ses cousines. Lorca n’hésite pas à faire sentir au spectateur toute l’angoisse qui pèse autour de sa condition. La fiancée est toujours enfermée, retenue entre des murs, et c’est là justement tout son désir : s’enfermer, s’isoler, enfanter, et mourir, recluse dans sa maison, à l'abri des regards et des jugements.  

Que cherche t’elle à faire ? Ou plutôt à qui cherche-t-elle à échapper ? A Léonardo, son ancien promis, qu’elle n’a jamais cessé d’aimer, mais qui aujourd’hui a une femme et un foyer. Quelques années plutôt, elle avait renoncé à son amour, car Leonardo est un homme instable et qui ne possède rien. Pour ne pas salir son honneur face à son père, la jeune fille s’était résignée à le voir en épouser une autre. Mais leur amour est trop fort, trop vivant, c’est un feu ardent qui les consume tous les deux. La jeune fille tente d’échapper à ses sentiments, elle est terrifiée à l’idée que le monde devine ses véritables pensées. 

Pendant le mariage, tout le monde se réjouit et s’émerveille devant le jeune couple. Tout le monde sauf Leonardo. La fiancée l’évite, s’éloigne, arpente la salle de son mariage à la recherche d’une issue. Le piège se referme sur elle. Elle est impatiente. Non pas de se marier, mais de se retrouver cloisonnée et prisonnière. Elle est consciente d’avoir le choix. Le choix de s’enfuir. Le choix de se choisir. 

Ainsi s’achève la pièce. Elle a choisi, elle s’est enfuie. Le fiancé les a pourchassés et retrouvés, les deux hommes se sont entretués. La fiancée se rend chez sa belle mère pour que celle-ci l’achève. Son combat est terminé, mais son honneur est préservé. Jamais elle n’a perdu sa chasteté. 

Ce que l’on retient de cette pièce, c'est non seulement la dimension tragique mais aussi et surtout la fatalité des mœurs qui pèse sur l’épaule de l’individu, inapte à choisir son propre destin. Tout est question d’honneur, d’obligation, d’argent, ou de vengeance. Lorca sait nous peindre avec génie la difficulté de son pays à s’émanciper des traditions et de la violence avec laquelle ses dernières s’imposent. La magie de cette pièce repose à la fois sur l’incapacité des personnages à lutter contre leurs sentiments, mais aussi sur la sublime dimension poétique de l'œuvre. 

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