Les liaisons dangereuses

01 mars 2021
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Les liaisons dangereuses est un roman épistolaire publié par Choderlos de Laclos à la fin du 18ème siècle. Inspiré par la Nouvelle Héloise de Rousseau, l’auteur s’éloigne pendant six mois du milieu militaire auquel il appartient et rédige son roman. C’est un immense succès qui achève la brève carrière d’écrivain de Laclos.

L’oeuvre raconte l’histoire du Vicomte de Valmont et de la Marquise de Merteuil, tous deux anciens amants, qui s’organisent ensemble pour se jouer du monde. Tous deux libertins affranchis, ils mettent en place des stratégies révoltantes pour tromper et dominer leur entourage. Le lecteur est immédiatement plongé dans leur relation qui certes est odieuse, mais qui nous séduit de par son audace et son caractère subversif. L’oeuvre exalte un certain goût pour le voyeurisme, le libertinage étant un des thèmes phare du roman, en provoquant le lecteur par des scènes charnelles et érotiques, largement scandaleuses pour l’époque. 

Si le lecteur s’intrigue devant la relation perverse qu’entretiennent les deux protagonistes, il n’en demeure pas moins horrifié par leur méchanceté à l’égard des autres personnages, souvent trop sincères et candides pour percevoir l’emprise qu’ils exercent sur eux. C’est ainsi que le lecteur impuissant observe la jeune et délicate Cecile de Volanges tomber dans le piège de la marquise, à qui elle livre sans méfiance toutes ses intimes confidences. La jeune fille est loin de se douter que l’homme à qui elle est promise, et qu’elle n’aime pas, n’est d’autre que l’ancien amant de sa confidente, qui souhaite se venger à travers elle, en la faisant séduire par Valmont avant ses noces. De la même manière, la jeune Cécile ignore également que son véritable amour, est aussi manipulé par la marquise, ayant fait de lui son nouveau passe temps favori. En bref, le lecteur est obligé d’observer avec dégoût la trahison du duo machiavélique qui abuse de la sincérité du véritable couple de l’oeuvre, le vouant ainsi à l’échec. 

Si la marquise est perfide, le vicomte ne l’est pas moins. Coupable de viol, de mensonges, et de trahisons en tout genre, l’odieux personnage cherche à séduire la sage Madame de Tourvel. Dans le château de sa tante où tous les personnages se retrouvent, et où tous les drames s’accomplissent, il charme de jour celle qu’il désire, et s’introduit de nuit chez Cécile de Volanges. Madame de Tourvel étant l’incarnation de la vertu, elle s’acharne à lui résister, mais plie lorsque Valmont lui fait croire qu’elle le guide vers le chemin de la repentance. C’est incapable de reconnaitre que son amour pour Madame de Tourvel est réel, que Valmont décide finalement de rompre avec elle, après l’avoir possédée. Une fois de plus, le lecteur observe un destin détruit par le couple diabolique. 

Le lecteur cette fois est exaspéré par la capacité des personnages à toujours jouir de leur vice sans jamais en payer les conséquences. Il ne peut donc que se réjouir lorsque la marquise, lassée de l’arrogance de son compair, décide de finalement lui déclarer la guerre. Le roman prend alors un tour moralisateur inattendu en choisissant de donner aux personnages une punition à la hauteur de leurs crimes.

Tous ces rebondissements font de cette oeuvre un roman passionnant, dont on se délecte, et dont on apprécie fortement la lecture. Mais plus implicitement, l’auteur sait faire jaillir des questionnements plus profonds, et poussant à s’interroger sur les agissements et les moeurs de sa société. Aussi Cécile de Volanges se serait-elle laissée ainsi berner si elle avait reçu une éducation suffisante sur la question des rapports amoureux ? De tels drames seraient t’ils advenus si elle n’avait pas été promise à un homme dont elle ne partageait pas les sentiments ? 

Au delà de ces questions d’éducation sur le genre féminin, il est clair que le thème du libertinage fait retentir des questionnements d’ordre libertaires. Affranchis tous deux des moeurs de la société, le vicomte et la marquise s’offrent une vie de plaisir et de jouissance parfois bien séduisante. De même que la marquise le souligne dans ces lettres, cet affranchissement, si moralement contestable soit-il, est pourtant fort de lui avoir permis de « venger son sexe », en dominant les hommes. On prêterait presque à la marquise le célèbre proverbe : tel est pris qui croyait prendre, faisant à la fois écho aux hommes qu’elle trompe tandis qu’ils croient la posséder, mais aussi à l’impossible fourberie de la marquise qui finira par se retourner contre elle. 

L’oeuvre Les Liaisons Dangereuse offre une lecture fort agréable grâce au genre épistolaire qui permet d’alterner les tons et les enjeux. Vagabondant entre des confidences, des déclarations passionnées, des récits, ou encore des analyses psychologiques acerbes, le lecteur se prête à des jeux de points de vue en découvrant la duplicité des personnages, qui font de l’art de séduire, un art de la guerre. 

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