La faculté des rêves de Sara Stridsberg

05 janvier 2021
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La faculté des Rêves est un roman suédois qui mérite toute notre attention. L’auteur Sara Stridsberg entreprend le récit biographique de Valérie Solanas, une féministe radicale coupable d’avoir tenté d’assassiner Andy Warhol en 1968. 

Dans l'œuvre nous découvrons le personnage de Valérie Solanas a travers des dialogues qu’elle entretient avec les personnes qui ont le plus marqué sa vie. Nous observons son enfance précaire avec sa mère, les difficultés qu’elle a à trouver sa place au sein de l’université de psychologie, ses histoires passionnelles avec notamment le personnage de Cosmo Girl, mais aussi sa rencontre avec Andy Warhol et son internement en hôpital psychiatrique conséquence de son crime. 

Le lecteur découvre le personnage de Valérie Solanas sous un nouvel angle. Le personnage de l'œuvre de Stridsberg est connu pour son activité d’écrivain et plus précisément pour la rédaction de son Scum Manifesto dans lequel elle appelle à la destruction des hommes. C’est un personnage marginal, transgressif et radical qui nous paraît insaisissable. Pourtant Stridsberg réussit à nous faire entendre toute la complexité de son personnage, et parvient à nous faire saisir des nuances de caractère impossible à saisir dans la lecture du Scum Manifeste. 

Valérie Solanas est une figure on ne peut plus marginale. C’est une femme dont l’enfance fut volée et violée par des figures d’autorité. Une femme qui en observant la soumission de sa mère se construit comme un être révolté et dégoutée par le genre masculin. Issue d’un milieu extrêmement précaire, Valérie Solanas souhaite étudier pour échapper à sa condition. Faute de moyen, la jeune femme est obligée de se prostituer pour financer sa formation en psychologie. Elle rencontre alors le personnage de Cosmo Girl, une femme pour qui elle développera des sentiments amoureux, et qui lui apprend à vivre pour transgresser les normes qui l’on condamner. Forte de cet enseignement, Solanas s’acharne donc à détruire et condamner les mécanismes qui la force à demeurer dans la marge. Elle entreprend l’écriture de son manifeste qu’elle lit dans l’espace public, pour provoquer l’insulte et la contradiction. Valérie Solanas a de l’amour pour sa condition, condition qui lui a permis de dépasser les stéréotypes génériques qu’on lui prêtait. Sa tentative d’assasinat sur Andy Warhol est l’aboutissement absolu de sa pensée politique : c’est une revanche du féminisme sur un homme qui, pour nourrir son art, n’hésite pas commettre des actes pervers. 

La vie de Valérie Solanas est dirigée par ses convictions mais surtout par la fatalité de sa condition d’être marginal. Elle est destinée dès la naissance à être une fille sans avenir, et son statut de prostitué l’empêche définitivement de s’intégrer à la société. Sa colère envers les figures qu’elle juge responsable de sa situation est palpable : son manifeste est sans appelle, seule la destruction totale des hommes peut permettre au femme de s’en émanciper. 

Ce point de vue extrêmement radicale qui ne peut logiquement pas ni se concevoir, ni se révéler fécond à cependant su toucher Stridsberg. Ce qui est originale et détonnant dans ce roman c’est bien le rapport qu’entretient l’auteur avec son personnage. Stridsberg s’insémine dans le récit grâce à sa narratrice. La narratrice de la Faculté des Rêves est très présente dans le récit, elle dialogue avec le personnage, fait des spéculation, et tombe même amoureuse de Valérie, qu’elle regrette de devoir faire mourir à la fin de l’oeuvre. 

Sara Stridsberg dans ce roman rend hommage à une figure du féminisme contemporain oubliée et effacée de l’histoire de par son caractère radicale et transgressif. Pour faire l’éloge de Valérie Solanas et de son combat, Stridsberg désarticule les normes du roman et s’introduit dans le récit pour accompagner son personnage et lui faire oublier sa solitude. Le lecteur compatit pour le personnage de Valérie Solanas, se laisse emporter dans le récit de sa vie, et se frotte à sa personnalité insaisissable.

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