L’école des maris

10 mai 2021
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L’école des maris est une comédie écrite par Molière. Moins connue que la pièce l’Ecole des Femmes, elle paraît pourtant un an plus tôt et est caractérisée de plus complète et plus aboutie par les critiques. Cette pièce retrace le parcours de deux jeunes filles placées sous la tutelle de deux hommes largement plus âgés à la mort de leur père. Ces derniers ont le devoir de les éduquer, et de les épouser, à moins de leur trouver un meilleur parti.

Cette comédie porte une réflexion bien visionnaire pour l’époque de Molière. Ce dernier analyse ici les méthodes d’éducation imposées aux femmes, et regrette la domination qu’elles subissent. Pour défendre son propos, le dramaturge nous présente deux hommes, opposés par leur idéologie sur la condition féminine, et dont les méthodes d’éducation sont contraires.

Ariste, chargé de l’éducation de Léonor, pense que la jeune fille doit « jouir d’une certaine liberté ». Il l’éduque, lui présente le monde et les mondanités. Leonor décide donc seule de ses envies, de ses besoins et se nourrit l’esprit de lectures, de pièces de théâtre, ou encore de danses. Cette méthode d’éducation à pour effet de la rendre profondément reconnaissante à l’égard de son tuteur, et c’est ainsi qu’elle en tombe on ne peut plus sincèrement amoureuse.

A l’inverse, Sganarelle, jeune frère de Ariste, est profondément aigri. Terrifié à l’idée que sa pupille, Isabelle, ne lui échappe, il la tient depuis toujours recluse et enfermée dans sa chambre. Ses seuls divertissements se limitent à la couture. Isabelle s’ennuie profondément, et tient en horreur son tuteur, dont elle mesure le ridicule.

Les méthodes profondément perverses de Sganarelle employées à l’encontre d’Isabelle finissent par porter leurs fruits. Bien loin de convaincre la jeune fille qu’il est le seul prétendant sérieusement envisageable, il ne fait que précipiter son évasion. Isabelle, séduite par Valère, décide d’user les mêmes stratagèmes pervers dont elle est victime, sur son propre tuteur. Amusée par ce jeu espiègle, elle use de ses charmes pour tromper, manipuler, et tourner en ridicule Sganarelle. Ainsi, tenir Isabelle recluse, en lui mentant et en la forçant à s’assujettir, n’a fait qu’attiser son espièglerie, jusqu’à la rendre fourbe. La perversité est donc une maladie contagieuse qui se transmet par l’éducation, et par effet de mimétisme.

Puisque c’est une comédie, le dénouement est heureux. Isabelle finit par s’apaiser en se voyant obligée d’épouser celui qu’elle aime, Valère. Ariste et Léonor finissent aussi par s’épouser. Il ne reste que Sganarelle, ou l’archétype des personnages ridicules et burlesques de Molière, qui est contraint de constater que son frère aîné avait raison. Durant toute la pièce, ce dernier ne cesse d’alerter son frère sur ses méthodes d’éducation fort douteuses.

Soit, mais je tiens sans cesse,

Qu'il nous faut en riant instruire la jeunesse,

Reprendre ses défauts avec grande douceur,

Et du nom de vertu ne lui point faire peur;

Mes soins pour Léonor ont suivi ces maximes,

Des moindres libertés je n'ai point fait des crimes,

À ses jeunes désirs j'ai toujours consenti,

Et je ne m'en suis point, grâce au Ciel, repenti;

Ainsi cette pièce de Molière est incontestablement en avance sur son temps. Sous un angle féministe, Molière nous peint le caractère d’une jeune fille affranchie et rusée qui parvient à déjouer les tentatives de son tuteur, de faire d’elle le pure reflet de l’objet de ses désirs.

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