Eponine Thénardier ou un personnage méconnu et incompris dans la littérature française

28 décembre 2020
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Les Misérables retrace le parcours de Jean Valjean, ancien forçat qui devient par un coup du sort le père adoptif de la jeune Cosette, anciennement retenue et maltraitée par les Thénardier. Le lecteur observe les personnages s’élever et grandir ensemble dans la recherche du bien. Au travers de cette épopée, l'œuvre confronte le lecteur à la misère sociale, et aux terribles conditions de vies des individus de l’époque. La famille Thénardier est la représentation la plus forte de cette tragédie sociale. Les deux parents sont criminels et détestables. Obsédés par l’argent, ils finissent par perdre leur auberge, et doivent se réfugier à Paris dans des conditions précaires. Sur leurs cinq enfants, trois furent abandonnés. Leurs deux filles, Eponine et Azelma sont éduquées à leur merci, selon leurs odieuses valeurs, et souvent obligées de participer à leurs activités criminelles. Sans surprise, ils connaissent tous une fin tragique. La plus célèbre est celle de Gavroche, l’enfant mort sur les barricades de la révolution. 

Dans ce tableau, Eponine détonne. Elle ne ressemble à aucun autre des personnages, et c’est sur son personnage que Victor Hugo s’attarde le plus. Nous allons aujourd’hui essayer de comprendre pourquoi 

Eponine est donc la fille aînée du couple Thénardier, Enfant, Eponine imite ses parents, et maltraite aussi la jeune Cosette. En mémoire, nous gardons donc souvent comme souvenir d’Eponine, la méchante fille jalouse sa sœur adoptive. 

Nous devrions pourtant relire les Misérables et changer notre regard sur le destin tragique du personnage. Avec compassion nous observerons sa naissance malheureuse, et le sublime avec lequel elle affronte chacune de ses épreuves. 

Eponine est née pauvre, à Montfermeil, dans une famille de gens violents. En grandissant, elle s’éprend du noble Marius qui, lui, aime déjà Cosette. Rappelons également que Causette à eu la chance d’être sauvée par Jean Valjean, et cela, Eponine le sait pertinemment. Un sentiment d’injustice l’anime depuis l’enfance et dans le chaos d’un Paris révolutionnaire, Eponine est prisonnière de  ses parents malhonnêtes qui l’entrainent vers le crime, et qui lui offre les moyens de se venger. Pourtant, plus Eponine grandit, plus elle sait faire preuve de tendresse pour les autres qu’elle n’hésite pas à aider, au détriment de sa propre vie. 

Ce personnage est à la fois une figure du tragique et du sublime. Eponine finit par agir contre ses propres intérêts, en faveur d’un bien qui lui semble inné. Elle sauve Cosette des griffes de son père. Souvent, son passé la rattrape, et il lui arrive de mentir, de voler, et parfois de trahir. Mais sa mort précipitée révèle la pureté de son cœur. Elle meurt en sauvant Marius d’une balle qui lui était destinée sur les barricades, et ses derniers mots la délivre de ses erreurs. 

En créant le personnage d’Eponine, Victor Hugo dénonce la société coupable de son malheur. Sans éducation, la jeune fille n’avait aucune chance d’échapper à ses déterminismes. Et pourtant, dans ses derniers souffles, c’est la bonté qui l’emporte. En son âme, le bien était inné. Si l’on s’interroge maintenant sur ce que signifie d’être Misérable, on comprend grâce à Eponine que c’est d’être rendu invisible par la société. Ceux que l’on ne voit pas, et surtout ceux que l’on n’aide pas. Pour Victor Hugo, cette aide est un devoir de l'État et elle passe par l’éducation, le droit au travail, et à l’abolition de la pauvreté. 

Eponine est sûrement la plus Misérable de ce roman, et pourtant elle s’érige en modèle pour nous. C’est une figure du bien, de celui que l’on enseigne pas, de celui qui apparaît dans l’ombre du mal. Sa persévérance et son sacrifice demeurent aujourd’hui l’une des plus belles leçons de la littérature. 

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