Liberté mode d’emploi

12 novembre 2020
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Les autorités portugaises ont annoncé l’interdiction du surf sur le spot de Nazaré, pourquoi ? Pour éviter les attroupements de spectateurs que la période et les lois de la contamination réprouvent.

Il faut dire que des spectateurs, quand les vagues grossissent, il y en a et vraiment beaucoup, près de 10 000 lors de la dernière grande session il y a une dizaine de jours, ces sessions qui ont fait la légende de la Praia Norte de Nazaré, dont les vidéos ont fait plusieurs fois le tour du monde, fortement encouragées par l’office du tourisme de la ville qui est à l’origine de ce buzz aussi incroyable que la taille des vagues ou le courage de ceux qui les défient.

Il y a une dizaine d’années, les décideurs de l’office du tourisme ont fait venir et rémunérer des surfeurs de gros, comme l’américain Garrett MacNamara ou le portugais Hugo Vau. Le but, les filmer en train de surfer les vagues géantes, mettre ces vidéos sur les réseaux sociaux et faire parler de Nazaré, spot alors méconnu dans la galaxie du surf de gros. Le succès fut phénoménal, Nazaré est devenu une sorte de Mecque du surf de gros, à tel point que même les orgueilleux hawaiens viennent défier la vague avec humilité.

Certains des ténors mondiaux, et la plus admirable d’entre eux, notre petite française Justine Dupont, résident à l’année à Nazaré, pour la qualité des vagues, la douceur de vivre et la gentillesse des portugais. La communication autour de Nazaré, sa Praia Norte et son canyon sous-marin s’est encore amplifiée.

Alors aujourd’hui au vu de la période que nous vivons, ce genre de rassemblement est des plus mal vus.

Ainsi on a tout fait pour faire connaître l’endroit, pour y faire venir la terre entière assister à ce phénomène naturel qui s’apparente selon moi à une éruption volcanique ou une énorme avalanche, et aujourd’hui on se plaint du fait que le public vienne ! De plus il vient à des dates auxquelles il n’y a pratiquement aucun tourisme, la grande période des grosses vagues s’étend d’octobre à mars.

De plus, quoi de plus agréable par les temps qui courent d’assister à un tel spectacle, on est dans la nature, c’est terriblement impressionnant, on voit des gens d’exception faire des choses d’exception, l’ambiance y est extrêmement chaleureuse, et en plus c’est gratuit. Voilà pourquoi il y a tout ce monde qui se retrouve à Nazaré.

Néanmoins, tout ce monde a un cerveau, ou au moins une ébauche de cerveau et devrait penser simplement que la période n’est plus aux rassemblements de milliers de personnes, qu’il n’est pas encore revenu le moment où l’on s’en vient d’Espagne, de France, d’Italie ou d’Allemagne même si le spectacle vaut le coup, pour se rassembler sur ce lieu. Avec un cerveau même minuscule, même anesthésié aux jeux vidéo ou aux réseaux sociaux, on se rend compte que les stades sont vides autour des terrains de foot, de basket ou de rugby, que les gens sont confinés dans de nombreux pays, qu’en France un tel rassemblement débouche sur des milliers de PV, etc etc.

Alors qu’est-ce qui vous a pris ? On vit au Portugal, un pays bienveillant et pacifique qui conseille à ses ressortissants de rester chez eux sans les obliger à remplir des attestations et sans chercher à mettre des PV à chaque coin de rue, et si on veut que ce pays reste aussi souple et agréable à vivre, on doit respecter de nous-même les règles et quand il n’y a pas de règles strictement édictées, on réfléchit 2 minutes et on imagine ce qu’elle pourrait être la règle, ou au moins ce qui serait bon ou intelligent de faire ou de ne pas faire, c’est comme ça que l’on respecte la liberté, que l’on peut la maintenir, que l’on en fait le meilleur usage. La liberté ce n’est pas de pouvoir faire ce que l’on veut où aller où l’on veut, la liberté, c’est d’abord la possibilité offerte à l’homme d’être la cause de ses actes et de ses choix.

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