27/03 - Y'a pas le feu au lac #16

27 mars 2021
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Bonjour,

Buongiorno,

Grüezi les petits Suisses,

Aujourd’hui, je vous conte l’incroyable destin du modeste et discret William GRIFFITHS, pharmacien de 80 ans à la retraite,  l’inventeur du gel hydroalcoolique et dont son collègue, l’épidémiologiste et médecin infectiologue genevois Didier PITTET l’a fait connaître dans le monde entier. Cet Anglais, genevois d’adoption, naturalisé Suisse en 1983, est arrivé en Suisse car 4 secrétaires de l’entreprise où il travaillait dans sa jeunesse faisaient grève pour avoir du PQ à fleurs plutôt que blanc. Ça l’a énervé et lui a fait traverser la Manche pour arriver à l’hôpital de Fribourg au début des années 1970 et c’est ainsi qu’il a commencé à travailler sur sa formule de gel. A l’époque, on connaissait depuis longtemps le pouvoir désinfectant de l’alcool, mais il était irritant pour les mains, surtout si on l’utilisait dix fois par heure. Plusieurs années seront nécessaires avant de trouver le mélange idéal. La recette sera ensuite transmise à d’autres hôpitaux, dont celui de Genève ou William Griffiths est nommé en 1979 responsable de production. En 1980, il finalise sa solution hydroalcoolique qui deviendra le Hopirub puis le Hopigel avec l’ajout d’un gélifiant. En 2005, il est déjà parti à la retraite quand ce même Didier Pittet le recontacte pour l’aider à simplifier la formule afin de la donner à l’OMS. En deux versions, avec l’alcool et sans pour les pays pauvres qui ne peuvent s’en procurer. Et surtout gratuitement ! Brevetée, elle aurait pu rapporter des millions mais n’aurait pas sauvé des millions de vies. « Un vrai miracle, se remémore le pharmacien. Surtout quand Didier Pittet a réussi à convaincre l’Arabie saoudite que l’alcool contenu dans le gel  n’était pas buvable ! ». Ce Géo Trouvetou de la pharmacie qui n’a pas été l’homme d’un seul produit, aussi célèbre soit-il, mais en a inventé une quarantaine, souvent récupérés par l’industrie pharmaceutique.

Une autre bonne nouvelle, ce sont les cabines des avions qui pourraient bientôt être désinfectées avec le rayonnement UV (ultraviolet) pour tuer les virus et les germes. Des robots sont actuellement testés dans un hangar de l’aéroport de Zurich dans les avions de la compagnie aérienne Helvetic Airways en collaboration avec la société de manutention au sol Dnata. Le robot a été développé par la société suisse UVeya qui a été présenté aux médias lundi dernier. La machine émet un bip et baigne la cabine de l’avion d’une couleur bleutée. Selon le fabricant, le rayonnement UV-C tue 99% de tous les virus et bactéries présents dans l’air et sur les surfaces. Cette machine coûte environs 15'000.- francs et pourrait être utilisée en complément avec d’autres mesures de nettoyage et de désinfection. Justement, la désinfection à l’aide d’UV-C est une technologie connue et utilisée depuis longtemps, notamment dans les laboratoires. Ce procédé est également employé pour les rampes mécaniques et l’aéroport de Zurich nettoie déjà ses mains courantes de cette manière.

S’évader et se tourner vers l’ailleurs.

Le Festival Histoire et Cité part en voyage pour sa 6ème édition, qui a lieu actuellement du 23 au 28 mars 2021 à Genève et Lausanne. Rencontres, ateliers, expositions, films, le programme se déroule entièrement en ligne. Le choix du thème du voyage paraît aller de soi, une année exactement après la sédentarisation généralisée imposée par le coronavirus. Mobilité réduite, frontières fermées, peur de l’autre et de l’ailleurs, nous vivons depuis en pleine antithèse du voyage. La crise sanitaire mais aussi les considérations écologiques provoquent une véritable remise en question des voyages et de leurs fondements. Cette année, place donc au voyage, pour s’évader et rêver, mais aussi pour le remettre en question. Depuis quand voyage-t-on vraiment ? Qu’est-ce qu’un voyage ? « Voyager pour découvrir le monde, mais aussi le conquérir, cela implique la question de la colonisation – soulevée aujourd’hui par les études décoloniales -, du regard des Européens sur l’ailleurs », note la co-directrice, Korine Amacher, également professeure d’histoire de la Russie et de l’URSS à l’Université de Genève. La programmation veut éviter l’unique regard ethnocentré, en abordant des visions européennes sur l’ailleurs, mais aussi non-européennes sur nous-mêmes. Korine Amacher évoque aussi les voyages forcés, l’exil, « des phénomènes très violents » dont on ne peut pas parler comme d’un voyage « car ce ne sont pas des voyages, à savoir un projet qu’on entreprend, qu’on a envie de faire, qui est un choix ». Puis, il y a la question du tourisme. Rentre-t-il dans la catégorie du voyage ? « Cette remise en question ne date pas d’aujourd’hui », explique-t-elle en évoquant la conférence proposée par Sylvain Venayre intitulée Un monde sans voyages, pour une mise en perspective historique de ses conceptions.

Le riche programme du Festival évoque les diverses formes de faire voyage :

  • Le déplacement géographique,

des grands voyages comme la Route de la soie, aux pèlerinages, des récits de voyageuses aux migrants, des considérations biologiques aux formes artistiques.

  • Le voyage intérieur, « Immobile », introspectif, avec les voyages imaginaires et les trips sous stupéfiants.
  • Le voyage dans le temps, de l’Antiquité à nos jours, en passant par les voyages de noces au 19è siècle et les mariages internationaux au Moyen Àge.
  • La remise en question du tourisme et des représentations ethnocentrées, avec notamment une conférence autour de l’ethnologie et la haine du voyage, ou encore le tourisme sexuel.

Voilà donc pour aujourd’hui.

Je vous dis à la semaine prochaine, où que vous soyez, prenez bien soin de vous et « Y a pas le feu au lac ! ».

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