15/05 - Y'a pas le feu au lac #22

15 mai 2021
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Bonjour, 

Buongiorno, 

Grüezi les petits Suisses,

Aujourd’hui, suite à mon passage de quelques jours en Suisse, entre autre pour me faire injecter ma 2ème dose de vaccin, je souhaiterais vous parler d’une expérimentation qui s’est tenue récemment à Genève ou 30 citoyens ont été réunis, le temps d’un weekend pour penser l’avenir de Genève.

Le centre de conférences de la Praille offre une vue ensoleillée et plongeante sur les gradins vides du Stade de Genève et sa pelouse d’un vert éclatant. Lors des matches à forte affluence, on imagine les VIP mangeant et buvant sur l’épaisse moquette bleue tout en jetant un œil distrait sur les vingt deux joueurs qui se disputent le ballon. 

Mais ce samedi matin, un tout autre public arpente la salle. Trente citoyens réfléchissent au futur de leur canton. Tirés au sort selon une méthode garantissant une représentativité de la population, ils sont invités par le Département du Territoire du Canton de Genève à répondre à la question suivante : « Comment voulons-nous habiter le territoire genevois pour mieux vivre dans le respect de la nature et faire face au changement climatique ? ». L’assemblée est donc éclectique. Jeunes ou grisonnants, locataires ou propriétaires, ouvriers ou cadres supérieurs, Suisses ou étrangers, les voici amenés à s’entendre durant quatre week-ends pour aboutir à la publication d’un rapport qu’ils remettront au Conseil d’Etat genevois et à toute autre instance qu’ils jugeraient utile d’informer. Une telle expérience, inédite à Genève, a déjà été menée à Sion, en Valais, et dans d’autre villes européennes. Dès le premier café, plusieurs interventions illustrent une préoccupation qui sera constante tout au long de la séance : que leur travail constitue un « exercice alibi » censé démontrer la vitalité de notre démocratie.  Une anglo-saxonne compte parmi ces sceptiques. « Est-ce qu’il y aura de l’action après tout ce que l’on fait ? », questionne-t-elle en direction du politologue Nenad Stojanovic, qui anime la discussion à l’aide d’accompagnateurs. Un homme au léger accent italien prend à son tour la parole et lui répond indirectement : « Nous n’avons pas de chef, nous ne sommes pas des politiciens. Même si nous sommes Suisses et donc généralement modérés, nous pouvons être courageux, en rupture. C’est la meilleure manière d’obtenir des résultats ». Et de proposer, dans la foulée, le recyclage obligatoire de 100% des déchets produits dans le canton. Nenad Stojanovic précise qu’il est légitime de s’interroger sur l’issue et rappelle la règle : « Vous serez propriétaire de votre rapport. Vous en ferez ce que vous voudrez ». Y compris fonder un parti politique sur cette base ou lancer une initiative. Mais on n’en est pas encore là. Car après ces débats liminaires, cinq groupes de travail sont formés. Le week-end précédent, les trente « élus » ont auditionné une douzaine d’experts, dont une ingénieure de l’EPFL et un ancien conseiller national. Il s’agit dès lors, de rassembler toutes ces idées et d’en dégager des priorités. La méthode : définir un principe, dont découle un objectif puis une série de mesures très concrètes. Au sein d’un de ces groupes, plusieurs personnes veulent insuffler davantage de transparence dans les processus de décision politique. La doyenne du cénacle, âgée de 79 ans, n’est pas de cet avis : « Si l’on veut vraiment savoir, on peut. Notre démocratie est beaucoup plus transparente qu’on ne le croit. ». Une majorité finit par se rallier à son opinion ; la transparence passe à la trappe au profit de trois objectifs, malgré les doutes d’un jeune homme concernant la viabilité économique : l’égalité sociale, la qualité de vie et la société « zéro carbone ». Autour d’une autre table, un consensus se dégage sur la qualité de la mobilité. « Ne faudrait-il pas ajouter « douce » ?». L’adjectif est finalement ajouté. Il faut maintenir une cohérence. On ne peut pas promouvoir la voiture tout en décrétant l’urgence climatique. Un homme rebondit : « On parle beaucoup de voiture et de vélo. Mais à Genève, nous devons quand même aborder la question de l’aéroport ». Il récolte une approbation tacite, mais la discussion en reste là pour l’instant ; il faut aller coller les trois post-it contenant autant de principes et dégager une synthèse à l’échelle du plénum. L’exercice ne sera pas si difficile, car les réflexions des autres groupes sont certes formulées différemment mais similaires dans leurs intentions. Prendre en compte les besoins des personnes à bas revenus n’est pas très éloigné du souci de viser l’égalité sociale. Et limiter le nombre de véhicules motorisés rejoint l’idée de promouvoir une mobilité douce de qualité. Ce qui frappe, à mesure que l’on se faufile furtivement parmi les groupes, c’est l’écoute mutuelle. Bien loin des standards en vigueur dans les parlements, on constate une motivation et une discipline étonnantes en dépit des avis divergents. Rares sont les personnes qui pianotent sur leur téléphone ou s’adonnent à un babillage intempestif. Des leaders naturels émergent, forcément, car peu semblent habitués à s’exprimer en public, surtout sur de tels sujets. Mais lorsque les plus timides sont amenés à donner leur avis au sein d’un petit groupe, un équilibre s’établit. Puis vient le moment d’évoquer les mesures concrètes. Une dame suggère de limiter le gaspillage d’eau, une autre l’imposition d’une marque de papier toilette qui plante des arbres en Amazonie en fonction de ses ventes. Malgré les craintes exprimées quant au sort réservé à leur travail, la plupart des personnes se disent séduites par le processus. Justement, le prochain Forum citoyen, organisé par la Chancellerie de l’Etat de Genève, consistera à rédiger le matériel du vote prévu le 21 novembre, l’objet reste à déterminer. La sélection se fera également par tirage au sort. D’ici là, les 30 miliciens se seront réunis encore un week-end, auront rendu leur rapport et sauront, peut-être, ce que les autorités comptent en faire.

A présent, je vous embarque dans une autre histoire, celle de la famille Guggenheim. Le livre « Une chronique familiale » vient de paraître aux éditions Slatkine à Genève et retrace la chronique familiale éclatée dans l’espace et le temps des migrations des familles dont sont issus les parents de Daniel Guggenheim tout au long du 20ème siècle au sein de l’Europe et au-delà. Celle de sa mère, héritière d’une dynastie de magnats du sucre en Ukraine, forcée à fuir la Révolution bolchevique de 1917. On suivra leurs pérégrinations, dans des conditions souvent difficiles, à travers l’Allemagne, la Roumanie et surtout l’Italie avant de s’établir en Suisse peu avant la Deuxième Guerre mondiale. Ces années d’exil leur permettront néanmoins de rencontrer des auteurs, des poètes et des musiciens du début du siècle qui les marqueront profondément. Celle de son père, issu de la branche prospère de la famille Guggenheim, originaire du ghetto de Lengnau, en Suisse Allemande, que la mauvaise conjoncture à la moitié du XIXè siècle, décide à financer le voyage aux Etats-Unis de sa branche pauvre. L’éclatante réussite de cette dernière passe par la création d’un empire minier dans un premier temps pour aboutir à la réalisation du désormais célèbre Musée Guggenheim de New-York. L’influence des trois générations de Guggenheim restés en Suisse, tout aussi liée aux grands événements de notre époque, s’exercera dans le domaine du droit et plus particulièrement du droit international.

Dans ce récit se croisent des personnages hauts en couleur et leurs destins, si différents soient-ils, ont comme trait d’union leur identité juive, même si celle-ci est souvent ignorée, voire rejetée.

Voilà donc pour aujourd’hui.

Je vous dis à la semaine prochaine, où que vous soyez, prenez bien soin de vous et « Y a pas le feu au lac ! ».

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